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Troisième arrêt de la tournée Métiers & Traditions sur la route | 3 septembre 2022

Festival Bières et Saveurs de Chambly

par Éric Dussault

Ce 3e arrêt de la tournée Métiers & Traditions sur la route 2022 était très attendu : selon l’organisation de l’événement, quelques 10 000 personnes par jour entrent sur le site! Nous comptions en profiter au maximum, puisque notre camionnette colorée et nos deux scènes étaient situées juste à côté de l’entrée et du Fort de Chambly. 

Une fois de plus, on annonçait du beau temps et une température de 27 degrés. C’est donc avec une grande joie que l’équipe de Métiers & Traditions (Éric et Pier-Luc) s’est installée sur le gazon, plutôt que sur l’asphalte, comme ce fut le cas les deux fois précédentes. L’équipe, les artistes et les artisans allaient donc avoir moins chaud… 

Côté sonorisation, Pier-Luc avait un défi, car une génératrice se trouvait tout près de notre implantation sur le site. Est-ce que le son de la génératrice allait être capté par les micros, accentuant encore davantage ce bruit de fond continuel ? Plus tard, un autre compétiteur a fait son apparition à la fin de la journée, ce qui a mis à rude épreuve la capacité de concentration des artistes et du public… 

Première partie de la journée : de 12h à 16h

C’est un membre du Conseil d’administration de Métiers & Traditions, qui est aussi un tonnelier reconnu, qui est le premier artisan à s’adresser au public et à lui démontrer la maîtrise de son savoir-faire. Réal Beaudin (Saint-Antoine-sur-Richelieu) adore parler de son métier et de l’histoire qui l’entoure. Sa passion est communicative et son allure de tonnelier (oui, il a le physique de l’emploi!) parviennent à convaincre un certain nombre de personnes de s’arrêter pour l’écouter et le regarder manipuler ses multiples outils qui sont plus âgés que lui… Ces curieux ont évidemment un verre de bière à la main. Une fois leur verre plein, il est plus facile de capter leur attention! Il faut préciser que Réal n’est pas qu’un tonnelier, il est aussi un conteur qui raconte de multiples anecdotes.

À la droite de Réal, et en alternance avec sa démonstration, Richard Forest (violon et podorythmie) et Thomas De Grosbois (bouzouki et guitare) s’installent et se mettent à jouer de la musique traditionnelle québécoise. Richard jouit d’une solide réputation dans ce milieu au Québec, car il a composé plusieurs pièces qui, par la suite, sont devenues des « classiques » du répertoire « trad » québécois. Il est impressionnant d’entendre Richard et Thomas (deux générations différentes de musiciens) interpréter des pièces que la plupart d’entre nous avons déjà entendues au moins une fois dans notre vie, sans savoir que leur compositeur est toujours bien vivant et habite en Montérégie (Saint-Bernard de Michaudville)! 

À un certain moment, micro en main, Éric cherche à en savoir plus au sujet du statut de porteur de traditions de Richard, mais pendant qu’il répond à la question de l’animateur, le violoniste est abruptement interrompu par une dame qui ne veut pas l’entendre parler, mais jouer… Richard, bon joueur et pas du tout offusqué (quoiqu’un peu surpris…), se remet immédiatement à faire aller son archet sur ses cordes de violon… Il faut donc lire la fiche de Richard, qui se trouve dans notre inventaire, afin d’en apprendre davantage sur son statut de porteur de traditions…

Deuxième partie de la journée : de 16h à 20h

Vers 16h, Réal cède sa place aux artisans Bruno Huissoud (ébéniste) et Maria Di Domenico (cuisinière italienne). Bruno est d’origine française (Lyon), mais il vit au Québec depuis plus de 35 ans. À Chambly, où il réside, Bruno réalise de la marqueterie à l’aide de la méthode « Boulle ». André-Charles Boulle (1642-1732) était l’un des ébénistes du roi Louis XIV. Sa marqueterie était incrustée d’écailles et de cuivre. C’est de cette technique dont Bruno parle avec les personnes qui viennent discuter avec lui. En outre, sa table est pleine d’objets et d’échantillons qui ont tous un lien avec le travail du bois et qui l’aident à concrétiser ses explications.  

À ses côtés, à une autre table qui se trouve sous l’auvent de la camionnette, il y a la cuisinière italienne Maria Di Domenico (résidente de Beloeil) qui manipule sa pâte, à l’aide d’un rouleau qui suscite beaucoup de curiosité, en raison de sa longueur et de sa petite circonférence, comparativement à celle du rouleau habituellement utilisé dans les cuisines québécoises. Cette pâte prend ensuite la forme de pâtes alimentaires qui ont fait la renommée de Maria (elle est une habituée de l’émission de télévision L’Épicerie) depuis l’ouverture de son école de cuisine en 2005. Maria fait connaître aux Québécois la cuisine traditionnelle du coin de pays où elle est née, les Abruzzes, une région qui est réputée pour la richesse de sa gastronomie depuis des siècles. Puis un homme s’approche d’elle et lui dit qu’il est ému de la voir préparer de la nourriture à la main, de A à Z, tout comme les femmes qui l’ont élevé l’ont fait quand il était enfant. Ce commentaire fait évidemment bien plaisir à Maria…

Sur l’autre scène, en alternance, on entend le joueur de vielle à roue Michel Bordeleau (Chambly) et le conteur François Lavallée (Chambly). Les deux vielles de Michel surprennent une partie du public qui n’a jamais rien vu et rien entendu de tel! En effet, les sons qui sont émis par ces deux instruments sont fort éloignés de ceux que l’on entend à la radio et sur les scènes du Québec habituellement! Michel, s’il est bien ancré dans la tradition, utilise néanmoins des pédales très contemporaines (les mêmes que celles des guitaristes électriques), il est donc à cheval entre le passé et le présent. Il répond aux questions qui lui sont posées, puis il interprète un répertoire que les ancêtres des Québécois ont entendu à l’époque de la Nouvelle-France. Soudain, un concert de musique rock démarre et inonde le site du Festival avec ses décibels… Il est de plus en plus difficile pour la vielle à roue de concurrencer les guitares électriques. Mais Michel dispose de plus d’une corde à son arc (la vielle à roue est en partie un instrument à cordes…). Il s’adapte rapidement en interprétant, sur son instrument ancien, la mythique chanson anglo-saxonne Thunderstruck du groupe australien AC/DC ! Le public est ébahi et prend un certain temps à comprendre que Michel interprète bel et bien ce « classique » du rock!  

Quand le conteur François Lavallée revient sur scène, il met à contribution toutes ses années de métier afin d’obtenir et de conserver l’attention du public compte tenu des circonstances évoquées précédemment. En utilisant de façon très maîtrisée son corps pour soutenir sa parole, François parvient à émouvoir l’auditoire avec sa « poésie physique ». Le public est aussi mis à contribution en participant à un « conte à répondre » qui, comme la chanson L’arbre est dans ses feuilles, n’autorise aucun moment d’inattention, car il faut à de multiples reprises revenir en arrière et se rappeler de tout ce que le conteur a évoqué précédemment… 

Pendant les dernières prestations de Michel et François, le soleil s’est couché et a laissé la place à une apaisante lumière bleutée. Les ampoules, installées au-dessus des deux scènes par l’équipe de Métiers & Traditions sur la route, ajoutent des taches jaunes à ce magnifique tableau naturel qui a comme arrière-plan le Fort de Chambly. C’est le genre de moment que l’on aime se rappeler, plus tard, quand la saison des festivals est derrière nous…